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Ce que fait l’Ircantec pour la planète

13 juin 2018
ISR

Jean-Pierre Costes : C’est en 2013 que l’Ircantec a publié sa première Charte ISR(1). Ce document fut véritablement le point de départ de la prise en compte des problématiques environnementales dans la gestion des réserves de l’Ircantec. Notre action se base sur deux axes principaux, un retrait progressif des investissements dans les entreprises émettrices de carbone avec pour corollaire un réinvestissement dans celles en phase avec des principes comme la Transition Ecologique et Energétique (TEE) et l’affirmation des valeurs que nous défendons en tant qu’Investisseur socialement responsable au travers des entreprises dans lesquelles nous investissons.

Concrètement, quelle proportion des réserves financières de l’Institution ces investissements représentent-ils ?

JPC : L’Intégralité de nos réserves, soit 9,8 Mds € sont investis de façon socialement responsable, c’est-à-dire en accord avec les principes édictés dans la Charte ISR.

Vous disposez donc de cette Charte ISR et vos investissements se font en accord avec ces préceptes. Comment mesurez-vous l’impact que ces investissements ont sur l’environnement et sur la société ?

JPC : Pour mesurer l’impact de ses investissements, l’Ircantec se base sur deux critères. Le premier, c’est l’analyse ESG : c’est-à-dire que nous analysons les entreprises dans lesquelles nous investissons via trois critères - Environnemental, Social et de Gouvernance - afin d’évaluer leurs responsabilités vis-à-vis de l’environnement et de leurs parties prenantes (salariés, partenaires, sous-traitants et clients). Le second, c’est la mesure de l’empreinte carbone qui représente la quantité de gaz à effet de serre émis par les entreprises dans lesquelles nous investissons.

L’Ircantec investit donc encore dans des entreprises émettrices de gaz à effet de serre ?

JPC : Je ne pense pas qu’il existe une seule entreprise qui n’émette pas directement ou indirectement des gaz à effet de serre. Mais, afin de limiter les risques liés à ces entreprises tout en contribuant activement à la préservation de l’environnement (scénario 2°C (2)) l’Ircantec a décidé, fin 2016, de désinvestir la part de ses réserves placées dans ces entreprises. La tendance est d’ailleurs prometteuse puisqu’entre 2014 et 2016, cette empreinte a été divisée par 2,5 et oscille entre 169 kgCo2 à 180 kgCo2 pour 1 000 € investis, selon la méthodologie de mesure.

Ces chiffres sont parlants mais où vous placent-ils vis-à-vis d’autres investisseurs ?

JPC : En comparaison avec des portefeuilles d’investissements du même type, celui de l’Ircantec présente une empreinte carbone plus faible de 22 % à 24 %.

Vous venez d’évoquer le désinvestissement de l’Ircantec dans des entreprises émettrices de gaz à effet de serre, mais dans quelles valeurs réinvestissez-vous ?

JPC : Nous réinvestissons cet argent dans une économie bas carbone, toujours avec l’objectif de conjuguer rentabilité et contribution au contrôle du réchauffement climatique.

Comment faites-vous pour déterminer les entreprises qui correspondent aux valeurs que vous défendez ?

JPC : Notre démarche est progressive et nous avons trois critères principaux pour ces investissements, avec tout d’abord les entreprises qui montrent les meilleures pratiques (moins émettrices de carbone que leurs pairs) puis celles qui ont des dynamiques de progrès (faisant des efforts notables pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre) et enfin celles dont les produits et services offrent des solutions pour développer une économie bas carbone (contribuant à la réduction des émissions de gaz à effets de serre d’autres acteurs).

Donc, cette partie de votre portefeuille d’investissement est moins émettrice de gaz à effet de serre ? Mais quand est-il de sa rentabilité ?

JPC : Effectivement ces investissements, présentent d’excellents résultats avec une intensité carbone en baisse de près de 45% en deux ans. A noter que cela ne se fait pas au détriment de la performance financière car celle-ci est supérieure de 0,47% par rapport à l’indice de référence du secteur. Par ailleurs nous investissons directement en faveur de la Transition Energétique et Ecologique à hauteur de 4,6% de nos réserves. Cela consiste à investir dans des entreprises favorisant le passage d'énergies émettrices de carbones (pétrole, gaz…) à des énergies plus « propres » comme l’éolien ou l’hydraulique.

L’Ircantec est donc ce que l’on peut appeler un investisseur responsable, mais son rôle s’arrête-il à la sélection des investissements ?

JPC : Non, notre rôle va beaucoup plus loin car l’Ircantec attache beaucoup d’importance à faire valoir son engagement en faveur du climat au sein même des entreprises dans lesquelles elle investit.

Comment procédez-vous ?

JPC : L’Ircantec dispose d’une politique de vote, qui sert de référentiel pour la prise de décision dans les conseils d’administration des entreprises dans lesquelles elle investit. L’Institution encourage ou sanctionne les entreprises ne tenant pas suffisamment compte des risques et opportunités liés à la TEE. A titre d’illustration, une trop faible contribution à la TEE peut conduire à l’Ircantec à voter contre la distribution de dividendes et contre l’approbation des comptes de l’entreprise.

L’Ircantec dispose également d’une politique d’engagement actionnarial, visant à influencer positivement la stratégie des entreprises dans lesquelles elle investit. Nous nous préoccupons ainsi des sociétés dont le projet entrepreneurial sera probablement revu du fait de la TEE (entreprise extractrices, transformation des métaux…). Nous investissons dans l’accompagnement de leurs employés et de leurs compétences, pour faciliter la transition vers de nouvelles activités.

L’Ircantec est également très active pour faire connaître ses pratiques d’investisseur responsable, avez-vous quelques exemples ?

JPC : En effet, l’Institution s’implique directement dans de nombreuses initiatives collectives avec par exemple la mise en œuvre de l’initiative internationale d’engagement collaborative Climate Action 100+. Celle-ci vise à rassembler et coordonner les plus gros réseaux internationaux d’investisseurs actifs sur ce sujet afin qu’ils engagent les 100 plus gros émetteurs de gaz à effet de serre à prendre en compte et à réduire l’impact qu’ils ont sur le changement climatique.

L’Ircantec a par ailleurs signé, dans le cadre du Climate Finance Day le 11 décembre dernier, la Charte des investisseurs français en faveur du climat. Les signataires s’engagent à ce titre à mettre en œuvre des principes conjoints, pour assurer la cohérence de leurs activités avec les objectifs de l’Accord de Paris.

Quel regard portez-vous sur toutes ces actions et qu’envisagez-vous pour l’avenir ?

JPC : La démarche actionnariale choisie par l’Ircantec se veut plus efficace et engagée qu’un simple choix de désinvestissement. Elle permet en effet d’accompagner les acteurs des secteurs concernés vers un nouveau modèle énergétique, dans le cadre d’une transition progressive et effective. Je souhaite que cette démarche évolue encore à l’avenir avec le souci constant de préserver le capital financier, social et environnemental des affiliés de l’Institution.

  1. Charte ISR : Document présentant les engagements pris par l’Ircantec en matière d’Investissement socialement responsable.
  2. Le scénario 2°C consiste à maîtriser la hausse de la température moyenne planétaire en dessous de 2°C par rapport à son niveau préindustriel. Il correspond à l’objectif international retenu par l’Accord de Paris validé à l’issue de la COP21.

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