ISR et énergies fossiles, l’Ircantec ouvre la voie

17 oct 2018
ISR

Énergies fossiles et engagement actionnarial : l’Ircantec mobilise, mardi 9 octobre 2018, 150 participants autour d’un plateau d’experts de stature internationale* et dévoile un plan d’actions ambitieux en phase avec sa démarche d’investisseur socialement responsable.

 

 

La matinée a été introduite par le président du Conseil d’administration de l’Ircantec, Jean-Pierre Costes qui a rappelé les grands principes de la démarche menée par l’Ircantec en matière d’investissement responsable. Il a notamment dévoilé la démarche ambitieuse de l’Institution au sujet des énergies fossiles :

‐ désinvestir des obligations traditionnelles du secteur pétrolier et gazier et réallouer les sommes dégagées vers des obligations vertes. Par ce biais, le régime s’assure de ne pas financer des projets controversés

‐ se retirer des actions d’entreprises spécialisées du secteur en raison de leur faible capacité à adapter leur modèle à la transition écologique et énergétique (TEE) ainsi que des actions des entreprises intégrées non européennes dont les dépenses d’investissement ne sont pas compatibles avec une trajectoire 2°C**. Les sommes dégagées seront réinvesties dans des fonds verts***.

‐ se donner 2 ans pour recalculer son allocation stratégique d’actifs et ainsi en 2020, être en capacité de revoir son exposition au secteur pétrolier et gazier en fonction de son alignement à une trajectoire 2°C.

Durant les 2 ans que dureront ces travaux, l’Ircantec poursuivra son engagement à travers l’initiative Climate Action 100+, les PRI ou tout autre levier qui pourrait être identifié.

À travers cette stratégie d’investissements ciblés et d’engagement actionnarial, l’Ircantec entend mettre en œuvre ses engagements en faveur d’une transition écologique juste et respectueuse de la biodiversité.

Jean-Pierre Costes a ensuite donné la parole à Laurence Monnoyer-Smith, commissaire générale au développement durable qui a décliné les moyens que l’État propose pour passer à une économie bas-carbone : ️inciter la lutte contre le changement climatique dans les stratégies d'investissements, promouvoir les labels « finance verte » et ️tenir les engagements pris lors du « One Planet Summit ».

Béatrice Héraud (Novethic), en charge d’assurer la modération de la rencontre-débat, a ensuite donné la parole successivement à deux panels d’experts sur les thématiques suivantes :

  • les enjeux liés au secteur pétrolier et gazier avec Pierre Habbard (TUAC -OCDE), Pascal Canfin (WWF France), Nathan Fabian (PRI), et Nicole Notat (Vigeo Eiris)
  • les stratégies des acteurs avec Anne Chassagnette (Engie), Vincent Dufief (Total), Oliver Grayer (IGCC), Laetitia Tankwe (au titre de l’Ircantec) et Nadine Viel Lamare (AP1).

 

Ces rencontres ont permis de confronter les opinions des différentes parties prenantes : ONG, investisseurs, syndicats mais également acteurs du secteur pétrolier et gazier.

 

Les entreprises ont présenté leurs actions multiformes en faveur de la TEE, du retrait du charbon, au financement des énergies renouvelables en passant par le soutien à l’innovation. Elles ont insisté sur le rôle des investisseurs qui à travers leur engagement actionnarial contribuent aux évolutions des entreprises. Selon elles, il importe cependant que l’ensemble des investisseurs et non pas seulement les investisseurs socialement responsables » se saisissent de ces enjeux afin d’accompagner leurs changements stratégiques.

 

Les investisseurs ont questionné l’adéquation entre le rythme de cette transition et les défis liés au changement climatique, encore une fois rappelé par le rapport du GIEC, publié le 8 octobre 2018.

 

Les discussions ont mis en évidence le fait qu’il appartient à chaque acteur de l’investissement, et pas seulement de l’investissement responsable, de choisir le dosage approprié entre chacune des options (réallocation d’actifs, investissements ciblés, engagement actionnarial notamment via l’initiative climate Action 100+, etc…) en fonction de ses valeurs, de ses objectifs et de ses contraintes.

 

ONG et syndicats reconnaissent la complexité des changements à effectuer, du fait des nombreux impacts induits, notamment les conséquences sociales de ces transitions. Pour y répondre, diverses pistes ont été évoquées comme les Contrats de transition écologiques, l’importance du dialogue social, la nécessité de sécuriser les travailleurs concernés par un accompagnement professionnel et financier. Le rôle de l’Etat a été souligné à cet égard.

 

Après un temps de questions-réponses avec la salle et une synthèse des échanges, la matinée a été clôturée par Philippe Sebag, administrateur de l’Institution : « l’Ircantec est convaincue que la TEE est l’affaire de tous et qu’elle doit se faire en tenant compte des différents impacts qu’elle peut générer ». Après avoir remercié l’ensemble des intervenants pour la qualité des échanges et salué la forte mobilisation des participants, il leur a donné rendez-vous en 2019 pour la prochaine édition.

 

* L’événement a bénéficié d’une traduction simultanée français/anglais

** La trajectoire 2°C consiste à maitriser la hausse de la température moyenne planétaire en dessous de 2°C par rapport à son niveau préindustriel. Il correspond à l’objectif international de l’Accord de Paris validé à l’issu de la COP21

*** Fonds Verts : fonds composé d’actions ou d’obligations d’entreprises dont une part importante de leur chiffre d’affaires provient d’activités liées à l’environnement (définition Novethic).

 

 

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