« Couper les cheveux est devenu un prétexte à l’échange »

Le Mardi 1 septembre 2026

Les ciseaux coupent et les langues se délient. Dans le Vaucluse, Isabelle Vallet coiffe à domicile les personnes âgées ou fragilisées. Diplômée en socio-coiffure, elle se sert de son art pour restaurer confiance et estime de soi. 

Comment êtes-vous devenue coiffeuse à domicile ?

J'ai commencé il y a plus de vingt ans, d'abord pour des raisons très pratiques : il fallait pouvoir m'organiser autour de mes enfants, jongler avec l'école et les horaires impossibles d'un salon classique. Mais très vite, j’ai ressenti que je passais à côté de l’essentiel. Je ne pouvais plus juste coiffer et repartir sans chercher à comprendre ce que vivaient les personnes en face de moi.

 

Rencontre avec Isabelle Vallet, coiffeuse à domicile

Portrait d'Isabelle Vallet, coiffeuse à domicile

C’est ce qui vous a menée vers la socio-coiffure ?

Exactement. Je suis partie me former à l’école de socio-coiffure de Lyon, pionnière en France. Pour faire simple, la socio-coiffure, c'est l'art d'utiliser le soin capillaire comme une thérapie de soutien. Loin des seuls critères esthétiques, on y apprend à adapter nos gestes aux corps douloureux et aux esprits fragilisés par la maladie, le handicap ou le grand âge. Aujourd’hui, cette approche est de plus en plus présente dans les établissements de soins. Pour ma part, j’interviens dans trois Ehpad et à domicile, dans un rayon de 15 kilomètres autour de Sorgues.

Concrètement, comment se passe un rendez-vous au domicile ?

Dans mon sac, j'apporte tout mon salon miniature : serviettes, produits, et un petit bac amovible à fixer sur les épaules afin que l’eau s’échappe dans l’évier. Pour le shampoing, je m’installe presque toujours dans la cuisine. C’est la pièce la plus lumineuse, la plus vivante de la maison, bien plus chaleureuse qu'une salle de bains ! À la fin de la séance, je fais place nette avec ma balayette et mon mini-aspirateur. C’est comme si de rien n’était…

Si le bruit du sèche-cheveux ou la sensation du peignoir génère de l’angoisse, je m’en passe. Quand une personne est trop fragile pour être déplacée, je m’organise en amont avec l’infirmière ou l’aide à domicile pour que tout soit prêt à mon arrivée.

TÉMOIGNAGE

« Un rendez-vous que j’attends »
Marie-Thérèse, 84 ans, cliente à Bédarrides (84).

Isabelle vient me coiffer chez moi depuis dix ans. Au début, c'était simplement pour la coupe. Mais très vite, j'ai compris que ses visites m'apportaient bien plus. Entre deux coups de ciseaux, on parle de tout : des petits-enfants, de nos vies, de ce qui nous touche. On se connaît par cœur. Une fois coiffée, je m’accepte comme je suis, je me sens plus jolie, ça me rajeunit un peu… juste ce qu’il faut !

Au-delà de la coiffure, qu'apportez-vous à vos clients ? 

Une nouvelle coupe, un brushing soigné, ou simplement réapprendre à se regarder dans une glace, cela suffit parfois à retrouver une image digne de soi. Mais forcément, nos échanges dépassent de loin l'esthétique. Si une cliente me confie sa tristesse parce que sa fille vient moins la voir, je ne change pas de sujet : je lui demande ce qu'elle ressent. Je l'accueille là où elle en est, sans aucun jugement. Je suis là pour écouter, pour prendre le temps qu’il faut.

Y a-t-il un moment qui vous a particulièrement touchée ?

En Ehpad, je voyais chaque semaine une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer pour un shampoing. Un jour, après l'avoir coiffée et légèrement maquillée, je lui ai tendu le miroir. Pendant quelques secondes, son regard s’est éclairé. Elle était là, pleinement présente. J'ai envoyé sa photo à sa fille qui était bouleversée. Ces moments dépassent le simple soin esthétique.