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Portrait

Donner de sa voix… et plus que cela

25 juin 2020

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Depuis son domicile, elle enregistre les livres de ses choix afin de les faire partager aux malvoyants et rompre ainsi l’isolement. Rencontre avec Patricia Racaud.

Comment tout a débuté ?

Bien que Donneurs de voix fête bientôt ses 50 ans, l’histoire commence pour moi en 2003. Après avoir quitté la région parisienne pour le Sud, je me suis mise à enregistrer des livres pour ma mère malvoyante qui s’ennuyait. Cela m’a toujours plu de lire et je voulais en faire profiter le plus grand nombre. Je suis allée voir la Bibliothèque sonore d’Aix-en-Provence. J’ai été séduite par le travail de tous ces bénévoles et par la joie de vivre des non-voyants. On prend de belles leçons de vie à leur contact… Je suis très vite entrée dans le jeu au point que j’ai entraîné mon mari avec moi. C’est lui qui installe le logiciel dont les bénévoles se servent pour s’enregistrer à la maison.

Un mot sur l’association ?

Animée par 4 000 bénévoles, Donneurs de voix vient en aide gratuitement à 15 000 adultes et enfants privés de lire en raison d’un handicap visuel, moteur ou cognitif comme la dyslexie. Chacune des 113 bibliothèques sonores a un catalogue spécifique de titres, mais peut accéder à l'ensemble des enregistrements dans toute la France. En 2018, j’ai pris la succession au pied levé du président de notre bibliothèque, tout en continuant mon activité de professeur de fitness. Nous avons créé un club de lecture et nous organisons des balades dans la nature avec les bénévoles, audio-lecteurs et amis. L’occasion de faire une séance de yoga, d’échanger et de faire un don, déductible des impôts à hauteur de 66 % puisque nous sommes une association d’utilité publique !

Quels conseils pour prêter sa voix ?

Enregistrer un livre audio ou un magazine audio se fait chez soi au calme, prend du temps (deux à trois fois celui nécessaire à une lecture muette) et requiert une bonne diction. En effet, il ne suffit pas de parler. Il faut captiver son auditeur, en trouvant le ton juste, sans théâtraliser. Parfois, nous avons des demandes plus précises de nos audio-lecteurs, des revues techniques que l’on nous demande de lire ou tout simplement des ouvrages pour enfants, qui sont assez courts, et que je conseille pour débuter. Un livre où il y a peu de dialogues, je m’amuse moins. Cet exercice m'a fait prendre conscience des extraordinaires pouvoirs d'une voix dans le monde intérieur.

À quel rythme ?

Plus nous serons nombreux, plus légère sera la tâche ! Chaque bénévole a son style (classique, policier, roman régional…). Certains rendent un livre par an, j’essaie d’en rendre trois à quatre par mois. J’adore ça ! L’autre jour, mon mari m’a fait remarquer que j’avais lu un quart des livres de la bibliothèque… Mon dernier ouvrage ? Se le dire enfin d’Agnès Ledig, que je recommande, surtout en ce moment, parce qu’il est apaisant et rempli d’espoir. Durant le confinement, un audio-lecteur m’a appelée un soir. Il venait d’applaudir le personnel soignant et tenait à me remercier. Il n’écoutait plus mes livres, il les dévorait.

Association Donneurs de voix : 25, rue Fresnel - 19 100 Brive-la-Gaillarde. Tél. : 05 55 87 18 87. www.advbs.fr

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Rédacteur : Christophe Polaszek

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