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Culture

Les inséparables : un roman inédit de Simone de Beauvoir

21 décembre 2020

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Femme de lettres engagée, dont l’essai Le deuxième sexe a été couronné de succès en 1949, Simone de Beauvoir était aussi une romancière émérite...

...lauréate du Prix Goncourt 1954 pour Les mandarins. La même année, elle écrit sans le publier un roman inspiré de sa rencontre avec sa grande amie Élisabeth Lacoin.

Sylvie a neuf ans lorsqu’elle rencontre Andrée pour la première fois, durant la Grande Guerre. Les fillettes fréquentent alors le Cours Desir, un établissement catholique réservé aux jeunes filles de la bourgeoisie parisienne, dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Littéralement charmée par la liberté et l’anticonformisme d’Andrée, la timide Sylvie ne vit plus que pour se nourrir de leurs discussions. Elles deviennent très vite « inséparables » et leur amitié amoureuse ne prendra fin qu’avec le décès soudain d’Andrée, au crépuscule des Années folles.

« En secret je me disais qu’Andrée était sûrement une de ces enfants prodiges dont plus tard on raconte la vie dans les livres. »

Sous le trait de plume de Sylvie, la narratrice, Simone de Beauvoir nous narre en réalité sa propre rencontre avec Elisabeth Lacoin, dite Zaza. Une jeune fille vive, désinvolte et charismatique issue d’une famille catholique et conformiste qui fait peser le poids des traditions sur ses frêles épaules d’adolescente. Emportée à 21 ans par une encéphalite foudroyante, Zaza abandonne Simone de Beauvoir à leurs rêves communs d’émancipation. « Ensemble nous avions lutté contre le destin fangeux qui nous guettait et j’ai pensé longtemps que j'avais payé ma liberté de sa mort », écrit la romancière à son sujet dans Mémoires d'une jeune fille rangée, publié en 1958.

Le roman du tiroir

Si le nom de Zaza apparaît dans plusieurs livres de Simone de Beauvoir, la jeune fille n’y tient pourtant jamais le premier rôle. Lorsqu’elle achève Les inséparables en 1954, la philosophe fait lire le roman à Jean-Paul Sartre qui la dissuade de le faire éditer. Jugée « inaboutie et peu intéressante » par son compagnon, avec qui elle a fondé la revue Les Temps modernes en 1945, la nouvelle de Simone de Beauvoir reste alors 66 ans au fond d’un tiroir, jusqu’à ce que sa fille adoptive, Sylvie Le Bon de Beauvoir, la confie aux éditions de L’Herne. Insatisfaite par l’écriture de ces 176 pages, Simone de Beauvoir a néanmoins conservé le manuscrit, et quelques autres, chargeant son exécutrice littéraire d’en faire ce que bon lui semble.

L’émancipation empêchée

Formatrices et fondatrices, les discussions sans tabou d’Andrée et Sylvie semblent avoir servi de creuset à la pensée féministe de Simone de Beauvoir. Ce court roman de fiction, émaillé de conversations adolescentes autour de la religion, des garçons et de la politique, est empreint de toute la colère de la romancière, spectatrice impuissante des ravages causés par un carcan social mortifère. Évocation accusatrice du devoir filial et de la bienséance étouffante, Les inséparables relate avant tout une profonde histoire d’amitié, teintée d’ambiguïté amoureuse.

Rédactrice : Magali Migaud

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