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Société

L’élan anti-gaspi

25 octobre 2019

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C’est une tendance, voire un impératif écologique et citoyen: ne pas gaspiller.

Du suremballage aux produits jetables en passant par notre alimentation, nous pouvons tous apprendre à mieux consommer. Qui veut participer ?

Texte de Christophe Polaszek

À Bordeaux (33), un bénévole des Restos du coeur trouve la formule pour broyer le pain rassis et le transformer en une farine prête à l’emploi. À Trouvillesur-Mer (14), le ramassage du verre est confi é à un solide percheron. Une initiative avant tout incitative : les enfants poussent les parents à recycler les bouteilles pour «leur» cheval !

À Roubaix (59), des ateliers sont organisés pour accompagner les familles dans un défi sur le «zéro déchet». Une façon de revenir à l’essentiel, tout en faisant des économies… Les initiatives pour lutter contre le gaspillage gagnent du terrain, ces dernières années. La cause : les produits que nous achetons ont besoin, pour être fabriqués, de matières premières et d’énergie, avant d’être emballés, transportés, consommés puis jetés.

Tout cela n’est pas sans conséquence sur l’économie et l’environnement. Le volume de nos déchets – dont le traitement est coûteux – a doublé en 40 ans ! Certes, nous avons pris progressivement l’habitude de trier. Mais cela n’est pas suffi sant dans la mesure où le recyclage ne concerne pas, à ce jour, toutes les catégories de déchets. Un exemple : le tri sélectif peut laisser croire que toutes les bouteilles vides (d’eau, de lait…) sont recyclées. C’est en réalité loin d’être le cas. La France en utiliserait sept milliards par an, selon des estimations de l’ONG Seas at Risk. Sauf que nous n’en recyclons pas plus de la moitié. Seule solution pour le moment : les faire disparaître… de nos habitudes. À la maison, l’eau du robinet remplace très bien l’eau en bouteille. Et si l’on part se promener, une gourde reste encore la meilleure alternative.

RÉDUIRE À LA SOURCE

Quelles sont les autres solutions pour réduire l’impact de nos modes de vie et lutter à notre échelle contre le gaspillage ? La première règle pour s’y mettre, selon Béa Johnson, considérée dans le monde entier comme ambassadrice du mode de vie «zéro déchet», c’est tout simplement de refuser. Et quand on vit dans une société de consommation, ce n’est pas si simple : «Il faut apprendre à dire non au superfl u, à ce dont on n’a pas réellement besoin, ou à ce qui génère trop de déchets. Cet échantillon, ce ticket de caisse, ces choses sur-emballées… en ai-je vraiment besoin ?», s’interroge-t-elle.

Lors de nos achats,  nous pouvons opter, par exemple, pour le vrac, afin de limiter les emballages. De plus en plus de magasins, y compris des grandes surfaces, le proposent. On peut également acheter à la coupe ses fromages, sa viande… En y allant avec ses propres contenants (en verre ou en plastique), on évite encore davantage les emballages et donc ses déchets. Certains commerçants risquent de refuser, jugeant cela peu pratique. Mais d’autres sont d’ores et déjà mobilisés sur la question de la réduction des déchets, à l’image des membres de l’action «Mon commerçant m’emballe durablement», lancée par l’association Zero Waste France. Autre possibilité : fabriquer soi-même ses propres cosmétiques et produits d’entretien. On utilise quelques produits de base, à partir desquels on fabrique ce dont on a besoin. Du coup, on réduit les budgets sans nuire à la planète et à sa santé.

LA CHASSE AU GÂCHIS

À peu près un tiers des poubelles est composé de biodéchets, qui pourraient être compostés. Il est donc possible de réduire assez facilement nos déchets en compostant, mais aussi et surtout en limitant le gaspillage alimentaire. L’objectif des pouvoirs publics est de le réduire de moitié d’ici 2025 (Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, 2013). Les ménages ont tout à y gagner. Car le gaspillage (surtout des légumes et des fruits, mais aussi des liquides comme une bouteille de jus d’orange), coûterait 159 € par personne, soit entre 12 et 20 milliards d’euros par an*. Il s’agit pour cela de changer ses habitudes, avec la diffi culté de tenir dans la durée. Préparer une liste de courses et s’y tenir, respecter la règle du «premier entré», «premier sorti», accommoder les restes ou encore cuisiner le produit jusqu’au bout — une bonne carotte n’a pas forcément besoin d’être épluchée, elle doit juste être brossée et lavée, comme la peau du potimarron, qui peut se manger !

Autre point de vigilance : les dates de péremption. Selon un livre blanc publié en février 2019 par la start-up Too Good To Go** et l’association France Nature Environnement, on a en eff et parfois tendance à confondre date limite de consommation (DLC) — «à consommer jusqu’au» — et date de durabilité minimale (DDM) — «à consommer de préférence avant le» —, date après laquelle l’aliment peut perdre en goût, mais sans risque pour la santé. Cette confusion serait responsable de 20 % du gaspillage alimentaire des foyers qui pourrait être évité facilement, par exemple en congelant ou en cuisant les produits dont la DLC arrive à expiration, ou encore en ne jetant plus systématiquement les produits dont la DDM est dépassée (pâtes, biscuits, riz, farines…).

TOUS IMPLIQUÉS

Le consommateur n’est pas le seul responsable de cet énorme gâchis. Dans la grande distribution, les dates de péremption représentent même de 55 à 95 % du gaspillage alimentaire. D’autant que pour certaines denrées, les DLC pourraient être allongées. Depuis 2016, la loi Garrot, qui oblige la grande distribution à donner ses invendus à des associations caritatives, commence  inverser la courbe. Mais ce n’est pas suffi sant. Désormais, tous les acteurs de la chaîne doivent se mobiliser davantage (producteurs, industriels, consommateurs).

Même constat pour les déchets issus d’équipements électriques et électroniques (DEEE), qui ont une empreinte écologique très élevée. Ils nécessitent d’importantes ressources en eau, métaux et énergies et pèsent très lourd sur l’environnement. En France, depuis la loi de 2006, les DEEE ménagers doivent être dépollués puis recyclés : ils sont tous recyclables à un taux variant de 75 à 85%. Avant d’être «jetés», ces équipements peuvent aussi parfois être réemployés, voire utilisés comme pièces détachées pour reconditionner des appareils. C’est ce que fait, par exemple, le réseau Envie, entreprise de l’économie sociale et solidaire, avec du matériel informatique. Les particuliers tout comme les partenaires institutionnels (collectivités, entreprises…) peuvent déposer des ordinateurs, qui seront remis en état (certaines pièces seront changées) avant d’être proposés à la vente à moindre coût. En donnant une seconde vie à nos équipements électriques, c’est un autre qui ne sera pas fabriqué et autant de matières premières qui ne seront pas exploitées.

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* Source : Ademe.

** Cette start-up a conçu l’application Too Good To Go, qui met en relation consommateurs et commerçants pour l’achat d’invendus.

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