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Société

Initiatives, les seniors ont de l'avenir

27 novembre 2020

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Portées par les seniors, les initiatives basées sur le partage et l’entraide se développent pour faire face à la crise sanitaire...

...ou tout simplement pour créer des occasions de se rencontrer, d’échanger et de bouleverser quelques idées reçues.

Ils transmettent, pouponnent, s’engagent, expérimentent… Ces dernières années, les seniors se sont impliqués sans pareil pour créer de nouvelles solidarités, mais aussi pour changer le regard du reste de la société. Des actions positives qui comptent de plus en plus d’adeptes, et qui s’appuient notamment sur les liens intergénérationnels. Certaines d’entre elles ne datent pas d’hier (garde d’enfants, bénévolat, échanges de savoirs…), mais les différentes crises successives leur ont donné
de l’épaisseur. « La période sans précédent que nous vivons creuse les inégalités sociales, analyse Alexandre Gefen, directeur de recherche à l’université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 et coauteur du livre Le Pouvoir des liens faibles (CNRS Éditions, 2020). Alors chacun invente ou réinvente de nouvelles formes d’entraide ».


Solidarité retrouvée 

Si la première motivation est avant tout économique, d’autres raisons expliquent cet élan de solidarité. « L’envie d’être utile, de reprendre la main sur l’avenir et d’y trouver plus de sens, la recherche du lien social, énonce Alexandre Gefen.
Ainsi, même des liens faibles, comme les relations de voisinage, sont en train de s’ancrer solidement
».

Durant le confinement, Geneviève, 68 ans, s’est proposée pour faire les courses dans son quartier, pour retirer en pharmacie les médicaments, pour fournir des attestations de sortie à ceux qui n’ont pas d’imprimante, ou simplement pour converser par téléphone. « Au début, j’ai ressenti un sentiment d’inutilité. Alors, j’ai eu envie d’agir et d’aider les gens autour de chez moi ».

De façon naturelle, la solidarité s’est articulée entre les générations. Chacun a fait preuve de créativité, de bienveillance pour aider, rompre l’isolement des plus vulnérables. Le soutien aux soignants a été immense : encouragements, prêts d’appartement, dons aux hôpitaux… Les petites mains ont cousu des masques, tandis que les retraités ont épaulé les actifs en s’occupant des enfants. Que restera-t-il de cette solidarité retrouvée ? C’est toute la question.

Pour de nombreux observateurs, cette crise est l’occasion inattendue de changer de paradigme*, et d’affirmer le caractère essentiel du soin et de l’attention portée à l’autre. « Premières victimes du nouveau Coronavirus, les seniors ont pris part à la mobilisation générale de façon formidable, souligne Serge Guérin, sociologue et spécialiste des questions liées au vieillissement. La société commence tout juste à comprendre qu’elle peut s’appuyer sur eux : dans les formes citoyennes de solidarité et de proximité, dans l’aide aux associations, bien sûr, mais songez aussi qu’un tiers des maires sont des retraités ! Et sans ces retraités, le tissu associatif s’écroulerait, des territoires n’existeraient pas ».


Lever les préjugés 

Les auteurs, Serge Guérin et Pierre-Henri Tavaillot, de La Guerre des générations aura-t-elle lieu? (Calmann-Lévy, 2017) remarquent qu’il n’y a jamais eu autant de liens entre les générations. Selon une enquête Ipsos pour Notre Temps : 91 % des personnes interrogées ont d’ailleurs une bonne (64 %) ou une très bonne (27 %) image de ce que
les seniors apportent à la société. Et cela quelle que soit leur classe d’âge. En particulier, 79 % estiment qu’ils s’investissent plus que les autres générations dans les associations. Même si certains clichés ont la vie dure comme le rappelle Serge Guérin : « Les seniors eux-mêmes peuvent porter un regard négatif sur l’avancée en âge, et se déprécier avec les années. Il est important de déconstruire cette représentation et de montrer qu’à tout âge, il est possible de jouer un rôle indispensable auprès des familles et de la solidarité ».


Un chiffre pour confirmer cette analyse : 92 % des plus de 60 ans sont autonomes**! Ce qui fait dire au gériatre Gilles Berrut que la longévité est bien « un temps à vivre et non une maladie à traiter ». Dans son livre Les papys qui font boom (Solar Éditions, 2018), il évoque la contribution précieuse des seniors dans une société en pleine transition démographique. « On ne cesse de penser le grand âge en termes de dépendance et de coût. On oublie tout le reste : le poids économique des personnes âgées concernant la consommation de produits et de services, leur rôle social de lien et de modération. Leur engagement civique, auprès des familles... Tout cela ne fait pas de bruit, n’est pas une quantité marchande que l’on peut évaluer et monnayer ». 

 

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Innovations sociales 

Vieillir serait-il donc une chance pour la société ? De plus en plus d’acteurs en sont convaincus. En premier lieu, les associations qui, un peu partout en France, essaiment des actions innovantes : habitats participatifs, jardins partagés, colocation intergénérationnelle, bénévolat de compétences…
Les seniors expérimentent de nouvelles façons de vivre ensemble. La protection de l’environnement est évidemment au centre des inquiétudes, jamais on ne s’est autant groupé pour favoriser les circuits courts ou mettre en place de nouvelles pistes cyclables : sans doute les conséquences du Coronavirus qui poussent chacun à redéfinir ses priorités et à s’interroger sur ses modes de consommation.
Autre constat : l’engouement des villageois pour participer concrètement à l’entretien de leur commune que celle-ci ne peut plus prendre en charge financièrement. Des travaux de peinture au gros oeuvre, les seniors se retroussent donc les manches dans le cadre de chantiers collaboratifs d’intérêt général, main dans la main avec les plus jeunes ! Ce mouvement de réciprocité qui tend à s’amplifier donne de la profondeur aux relations humaines et dessine une société plus résiliente. Qui s’en plaindra ?
 

Faire société - Retraités, ils apportent leur pierre à l’édifice et construisent le monde de demain.
gisele GISÈLE, 68 ans, bénévole
à Paris en Compagnie
« Dès le début du confinement, j’ai rejoint Paris en Compagnie qui lutte contre l’isolement. Par téléphone, je rassure le plus possible et tente de dénouer l’angoisse des gens. J’essaie d’aider en temps normal. Ça me semble encore plus naturel aujourd’hui. »
george GEORGES, 72 ans, administrateur bénévole
à Mountain Wilderness
« Nos bénévoles démontent les
installations obsolètes, comme
les remontées mécaniques, qui défi gurent les massifs. J’assure la mobilisation des partenaires et la coordination des adhérents pour l’Île-de-France. On réfléchit en ce moment à des états généraux du tourisme durable en montagne pour faire bouger les lignes. »
anne ANNE, 61 ans, bénévole
à Motris
« Repenser le fonctionnement de notre société ? Les solutions sont inépuisables : opérations de ramassage des déchets, économie circulaire, agriculture urbaine, trucothèque (dons et prêts d’objets…). Notre but n’est pas de renverser la table, mais de proposer et d’avancer ensemble. Après tout, nous sommes tous dans le même bateau ! »


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Aller + loin  

www.benevolt.fr 
Dédiée aux plus de 55 ans, la plateforme Benevolt met en contact des retraités bénévoles et des associations.
www.francebenevolat.org
Association reconnue d’utilité publique, France Bénévolat a pour vocation le développement de l’engagement bénévole associatif pour une citoyenneté active.
www.oldup.fr
L’association Old'up rassemble des citoyens engagés pour partager, s’entraider et lutter contre l’âgisme, c’est-à-dire contre les discriminations ou la mise à l’écart des personnes âgées.

 

* Par paradigme, on entend une représentation du monde, une manière de voir les choses.
** Source : Insee, L’observatoire des seniors, ministère du Tourisme, ministère du Travail.

Texte de Christophe Polaszek

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