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Société

Un jardin autosuffisant

27 juillet 2021
Et si on remplaçait les courses au supermarché par la cueillette chez soi ?

De nombreux Français se sont récemment découvert une passion pour les potagers et certains aspirent à l’autonomie alimentaire. Une utopie à cultiver ?

Se reconnecter à la nature, faire un potager, viser l’autosuffisance alimentaire… Ces idées ont traversé plus d’un esprit pendant la pandémie. Un Français sur dix a commencé un potager pour la première fois de sa vie lors du premier confinement*. Dans les jardineries, les rayons « graines » se sont vidés pour alimenter les jardins nourriciers. « Avec les confinements, j’en ai profité pour étendre mes surfaces cultivées et pour planter de nouveaux légumes, raconte Jean-Claude, retraité dans un petit village de Touraine. J’en ai eu assez de déléguer systématiquement ma santé et mon alimentation. Ici, je sais comment mes plantes sont cultivées et comment elles poussent ».

Travaux des champs…

Voici deux ans que Jean-Claude n’achète (pratiquement) plus de légumes. Sa technique : le « potager en carrés », qui consiste à cultiver les plantes dans de petits carrés de 40 cm de côté regroupés par neuf pour former un mini-potager. Tout l’art consiste à associer les légumes que l’on souhaite cultiver dans chaque parcelle selon l’ensoleillement, la pousse ou encore les espèces : l’ail, par exemple, n’aime pas être planté à côté des choux, mais voisine volontiers avec les carottes ! Résultat ? « Bien planifié, un potager de huit carrés – soit 42 m2 – peut nourrir toute l’année deux personnes », selon la conceptrice de cette méthode, Anne-Marie Nageleisen, qui propose des stages d’initiation à Chinon (37).

Mais avoir la main verte ne suffit pas. Il faut également apprendre à conserver les aliments, avoir assez d’espace pour stocker les bocaux. « Autrefois, on savait sécher, saler, mettre en conserve… Tout ceci, je suis en train de le réapprendre », confie Jean-Claude qui s’apprête à retirer de son potager tout ce qu’il lui reste d’épinards, de céleri et de poireaux, avant de cultiver à nouveau. Fruits, herbes et baies complètent son alimentation… avec de la viande et des produits laitiers qu’il achète au marché.

… travaux des villes

En zone urbaine, la demande est aussi forte pour plonger les mains dans la terre. Loin d’être purement récréatifs, ces jardins se rêvent nourriciers. « Au début des jardins partagés, l’objectif était plus de créer du lien social ; l’aspect alimentaire était presque balayé. Aujourd’hui, la fonction alimentaire serait la motivation première des jardiniers, devant l’aspect loisir », constate Christine Aubry, responsable d’une équipe recherche à l’Inra sur les agricultures urbaines.

Armés d’une binette, en train de repiquer des plants de salades, déterrer des carottes, ou faire la chasse aux pucerons au savon noir, ces jardiniers se croisent parfois dans des endroits insolites. À Paris, dans le XVe arrondissement, 135 micro-potagers ont été installés sur le toit d’un hall du Parc des Expositions. Les cultures se font dans des bacs exposés à ciel ouvert, sans produits phytosanitaires, sur du terreau industriel ou issu de biodéchets locaux (déchets verts, bois broyé...), avec ou sans vers de terre ! Le rendement est comparable à celui d’une production maraîchère bio à la campagne.

Des micro-fermes s’installent également en sous-sol des immeubles et dans les caves. On y fait pousser des endives, des radis ou bien encore des champignons. Pour cela, des techniques d'hydroponie - des cultures où les racines des végétaux sont en permanence irriguées par un mélange d'eau et de nutriments - et d'aéroponie - des cultures verticales hors-sol - ont été développées. De quoi rendre les cités autosuffisantes ? Pour Christine Aubry, l’idée est un brin utopique : « l’agriculture urbaine peut en revanche contribuer à l’autonomie alimentaire des villes, en plus de promouvoir les circuits courts et de nous reconnecter à notre alimentation ». Un joli projet, qui s’épanouit un peu partout en France.

* Enquête Promesse de Fleurs, 2020.

 

« Chacun met dans son jardin sa propre vision du monde »

Valéry Tsimba, auteure et passionnée de jardinage, Courbevoie (92)

J’habite en région parisienne, où je cultive toutes sortes de légumes, fruits, aromatiques… sur un balcon de 4m2 ! Pour optimiser l’espace, je travaille sur la verticalité. Avec des bambous, je conduis certaines plantations en hauteur comme les tomates ou les haricots. Au pied, je plante du basilic, des laitues, des radis, des carottes… Tout s’associe, comme dans la nature.

Il faut apprendre un peu, mais ce n’est pas compliqué. On se rend compte de l’attention que cela requiert et cela donne envie de consommer autrement. Je cultive essentiellement des légumes que je ne trouve pas dans le commerce, comme des blettes à carde multicolore, du maïs pourpre, de multiples variétés de tomates comme la Blue Beauty, la Lucid Gem, la Black Beauty… Cueillis à pleine maturité, ces légumes ont une tout autre saveur ! Rien que de faire pousser du basilic sur un rebord de fenêtre transforme la cuisine.

Pas assez grand pour garantir l’autosuffisance, mon balcon nourricier me permet néanmoins de diversifier mes repas. Depuis la crise sanitaire, énormément de gens me demandent des conseils. On sent un véritable besoin de se reconnecter au végétal et à une alimentation plus saine. C’est une grande satisfaction, sur mon balcon je refais le monde.

À lire : Mon balcon nourricier en permaculture, des récoltes abondantes sur 4 m2, Valéry Tsimba, Éd. Ulmer

 

« Le jardin est un refuge qui doit rester ouvert aux autres »

Guylaine Goulfier, journaliste en autosuffisance légumière, Sens (89)

Je suis fille d’agriculteurs. J’habite en Bourgogne, depuis cinq ans, à côté de Sens. Je voulais rendre mon jardin de 400 m2 le plus vivrier possible, à la fois pour me nourrir, mais surtout pour être un lieu de vie, où l’on se sent bien. J’applique les principes de la permaculture. Ce mot vient de la contraction entre « permanent » et « agriculture ». L’idée est de s’inspirer de l’intelligence de la nature et des écosystèmes. Par exemple, une plus grande biodiversité dans un potager autorise une plus grande résilience face à des perturbations (sécheresse, ravageurs…). Et si je rate une culture, j’en ai une autre.

La crise sanitaire a pointé les limites de notre marché alimentaire. On exploite des ressources à l'autre bout du monde alors qu'il est possible de se nourrir localement. C’est important de se réapproprier l’essentiel, ce que faisaient naturellement les anciens. En même temps que je produis mes légumes, je cultive une certaine indépendance. Tout en créant un solide réseau ! Pourquoi se mettre à faire des pommes de terre – dont la culture demande beaucoup d’espace – quand mon voisin en cultive dans son jardin d’à côté ? En cas de besoin, je lui en échange contre des poivrons ou des tomates. L’autonomie alimentaire, c’est possible à plusieurs, pas tout seul.

À lire : Auto-suffisant (ou presque), manuel pour un jardin vivrier, Guylaine Goulfier, Éd. Ulmer

Rédacteur : Christophe Polaszek

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