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Société

Numérique : on s'y met ?

5 mars 2020

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Le numérique est présent dans tous les aspects de nos vies. Il facilite les démarches, aide à s’informer, rapproche les familles éloignées...

...mais mal accompagné, il peut exclure plutôt que rassembler. Heureusement, sur le terrain, les solutions se multiplient.

Le numérique désigne toutes les technologies d’information et de communication modernes : ordinateur, smartphone, tablette, Internet, réseaux sociaux… De nos jours, ses bénéfices sont considérables. D’abord, nombre de connaissances et d’informations sont accessibles gratuitement sur Internet. Lire l’actualité, préparer un voyage, visionner des vidéos, échanger sur les forums… tout semble à portée de clic. Ensuite, le numérique offre la possibilité de façon beaucoup plus pratique de gagner du temps et d’éviter des déplacements pour ses démarches administratives, par exemple. C’est d’ailleurs un objectif fixé par le Gouvernement : « dématérialiser » la totalité d’entre elles d’ici à 2022.


ILLECTRONISME : TOUTES LES GÉNÉRATIONS
Mais que faire quand ce virage numérique pris par la société génère des exclusions ? D’après une récente enquête de l’Insee publiée en octobre 2019, un Français sur six n’utilise pas Internet et plus d’un usager sur trois a des difficultés à s’en servir. Les plus touchées sont les personnes âgées : plus d’un tiers des plus de 70 ans ne dispose pas de connexion Internet. Mais toutes les générations sont concernées ! Une étude CSA pour le Syndicat de la presse sociale (SPS) révèle que près de 13 millions de Français se sentent «mal à l’aise avec le numérique».

Un nouveau mot est né de ce constat : l’illectronisme – l’illettrisme numérique – l’impossibilité de se servir des outils numériques, mais aussi de s’orienter sur Internet, par manque de connaissances ou parfois de confiance en soi. «Beaucoup savent utiliser les outils, mais ressentent un malaise dès qu’il s’agit de réaliser une démarche sur Internet, comme un achat ou une procédure administrative. La peur de commettre une erreur ou la complexité de certains sites en sont souvent la cause», écrit Béatrice Piron, Présidente du groupe d’étude consacré à l’illettrisme et à l’illectronisme à l’Assemblée nationale. Se servir d’un ordinateur ou d’un smartphone, faire une recherche sur Internet, envoyer un e-mail, imprimer et scanner un document… toutes les personnes n’en sont pas capables ou n’en éprouvent pas l’utilité. Mais beaucoup n’osent pas toujours avouer leurs réticences. «Notre objectif n’est pas de contraindre les personnes à s’adapter, à toute force, à de nouvelles technologies dont elles se passaient jusqu’à présent. Leur proposer la possibilité de gagner en autonomie avec ces outils est une façon de les respecter», souligne l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), qui a fait de l’illectronisme l’un de ses combats.

MARYSE, 71 ans, retraitée « connectée » en Isère
« Mes enfants m’ont offert une tablette pour mon anniversaire. Mal leur en a pris, j’étais incapable de m’en servir correctement. Il a fallu qu’ils m’expliquent tout : l’accès à Internet, la messagerie, le traitement de texte… Et puis, ma mairie a créé un cours d’initiation pour les seniors. À Noël, j’ai envoyé des cartes de vœux à toute ma famille par e-mail ! Je suis très motivée, je progresse vite. J’ai l’impression de rattraper mon retard. J’appréhende toujours d’effectuer des achats en ligne, mais je n’hésite plus à consulter mes comptes ou à effectuer des démarches administratives. »


OÙ TROUVER DE L’AIDE ?
Face aux difficultés, de nombreux acteurs se mobilisent pour trouver des solutions. L’association Emmaüs, par exemple, permet aux plus défavorisés d’accéder aux services en ligne par le biais du programme Emmaüs Connect. Et, depuis plus d’un an, elle initie aussi un public plus large via des ateliers pratiques pour accompagner ceux qui débutent sur la toile. Les participants sont guidés par les bénévoles et des jeunes en service civique. Des ateliers spécifiques sont aussi proposés régulièrement, comme la découverte de la tablette tactile. L’association accueille le public dans huit grandes villes de France… elle recherche aussi des bénévoles.
En Bretagne, l’association Défis propose gratuitement un parcours d’initiation aux usages numériques. Manier une souris et un ordinateur, créer une boîte mail et envoyer des courriels, s’orienter sur Internet… Cette formation de huit heures est accessible à tous les Bretons et les Bretonnes, quelle que soit leur situation, grâce au dispositif Visa Internet Bretagne. « Les sessions sont aussi, pour les participants, l’occasion de nouer des liens, de reprendre confiance ensemble », relate Mickaël Leblond, son Directeur. Plus le numérique s’étend et plus les inégalités se creusent. En pointe dans ce combat, l’association Espace Numérique Sud Charente (ENSC) a lancé un bus numérique, embarquant wifi et formateurs pour des séances hebdomadaires d’initiation au Web dans les communes rurales et les maisons de retraite du sud Charente. « Nous répondons à des besoins très divers : une personne âgée qui veut échanger par Internet avec ses petits-enfants, un agriculteur qui doit gérer ses comptes en ligne… », précise Didier Jamot-Aupetit, médiateur numérique d’ENSC. L’association met aussi à disposition des résidents des Ehpad des tablettes numériques pour réaliser des jeux de mémoire en utilisant leur ergonomie.

LE NUMÉRIQUE TISSE DES LIENS
En matière de lien social, Internet apporte aussi des bienfaits précieux. En cas d’éloignement, les échanges numériques (mails, messageries et autres réseaux sociaux) aident souvent à maintenir les liens avec un proche parti vivre dans une autre région ou à l’étranger. Plutôt que d’isoler, Internet peut donc rapprocher.


SIMPLIFIER ET RAPPROCHER
Autre acteur, Générations Mouvement est l’un des premiers réseaux associatifs de seniors. Parmi ses actions figure la lutte contre l’illectronisme car « l’exclusion numérique accentue l’isolement social, en ajoutant parfois le sentiment d’être dépassé ». Le réseau est constitué de milliers d’associations locales partout en France. D’autres initiatives sont soutenues par les pouvoirs publics. Des collectivités ont créé des Maisons de services au public (MSAP) qui accompagnent les citoyens dans leurs démarches en ligne. Une nécessité pour répondre aux inégalités d’accès à Internet sur le territoire. Sur la toile, le développement de France Connect permet aussi d’utiliser un même identifiant et mot de passe pour accéder à tous les services publics (retraite, Sécurité sociale, impôts…). Parallèlement, les sites de l’administration se sont dotés d’une charte qualité pour simplifier leurs pratiques: mise en page plus efficace, contenu lisible, sites faciles à trouver… Les efforts doivent se poursuivre car tous les sites sur Internet ne sont pas forcément adaptés, soulignent les experts, qui appellent à un guide des bonnes pratiques pour se mettre au niveau de ce que les gens peuvent utiliser.


L’IRCANTEC SUR INTERNET
De son côté, votre caisse de retraite complémentaire a entièrement refondu son site, www.ircantec.retraites.fr, en 2015. Accessible sur tous types de support, il permet au plus grand nombre d’obtenir rapidement les informations recherchées et de se repérer facilement lors de leur visite. De nombreuses vidéos sont aussi disponibles pour réaliser, pas à pas, toutes les démarches en ligne : s’inscrire et se connecter à son espace personnel, mettre à jour ses données personnelles, demander un dossier au fonds social… On le voit, l’accès du numérique pour tous est aussi une histoire d’engagement et de volonté de tout un chacun.

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Aller plus loin : 
L’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) s’est donné pour mission de lutter contre les inégalités numériques. Pour contacter l’ANLCI, composer le 04 37 37 16 80. Des structures nationales peuvent accompagner vos premiers pas sur le Web. Espaces publics numériques : un réseau de 4500 points d’accueil, dans toute la France, offrant des accès Internet et des ateliers d’initiation. Renseignez-vous auprès de votre mairie ou d’un centre social.
Emmaüs Connect : dans huit villes (Paris, Antony, Saint-Denis, Marseille, Grenoble, Lyon, Lille, Bordeaux), l’association met en oeuvre un apprentissage numérique sur mesure. Tél. : 01 80 05 98 80.
Le réseau Générations Mouvement est constitué de milliers d’associations locales partout en France. Tél. : 01 53 42 46 01.

Texte de Christophe Polaszek

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